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12 Mar 2026

Olivier Silberzahn : « Inciter tous les nageurs à découvrir la nage en eau libre »

Bonjour Olivier, Peux-tu te présenter et nous expliquer la genèse et tes motivations pour la réalisation d’un ouvrage dédié à la natation en eau libre ?

Je suis Olivier Silberzahn, je suis ingénieur polytechnicien et j’ai 63 ans. A l’origine je suis un nageur et j’ai pas mal nagé en compétition dans ma jeunesse au Cercle des Nageurs d’Antibes. Puis j’ai fait des études scientifiques avec les classes préparatoires, et comme c’était assez exigeant j’ai dû arrêté. Puis j’ai eu une famille, des emprunts à rembourser, et donc moins de temps à consacrer au sport. Vers la quarantaine, j’ai repris de plus en plus régulièrement la natation et parallèlement le triathlon, ce qui m’a fait apprécier de nager en milieu naturel. Bien sûr pendant l’année je nage en piscine, mais j’adore nager dans toutes sortes d’endroits. J’ai eu la chance de pouvoir aller nager dans des endroits assez exotiques et assez différents les uns des autres, y compris en France. Et donc, la nage en eau libre est un de mes grands plaisirs.

Tu me parles d’endroits exotiques. Dans quels lieux plus particulièrement ?

Il y a une période de ma vie où j’ai beaucoup voyagé, où l’on ne se rendait pas compte de l’impact que cela pouvait avoir sur notre environnement. Et partout où je me déplaçais, je nageais. Donc j’ai nagé dans les fleuves amazoniens, dans le lac Titicaca, dans de nombreux lagons, dans les lacs des Alpes ou des Pyrénées, dans la Loire et la Seine, dans le grand canal du château de Versailles, dans le fleuve Niger, même si dans tous ces endroits il n’était pas franchement permis d’y nager. Dès que je me retrouvais dans un endroit je ne pouvais résister à l’envie d’aller nager dans ces lieux. Et à chaque fois ce fût d’intéressantes expériences.

Tu m’indiques que tu as repris la natation à la quarantaine, mais pratiques-tu encore la discipline en compétition comme dans ta jeunesse ?

Même si je n’ai pas repris immédiatement en compétition, j’ai toujours gardé une pratique assez compétitive, où de temps en temps j’enfilais un dossard ou un bonnet pour me coller dans une épreuve. Pour moi il y a la partie natation plaisir dans des endroits exotiques. Mais en même temps, pour éprouver du plaisir, je pense qu’il faut avoir un certain niveau de pratique de la discipline, une certaine capacité à nager loin, longtemps, suffisamment rapidement pour faire face aux courants, aux vagues, et cetera. Cela veut aussi dire avoir la discipline de l’entraînement, de s’entraîner régulièrement, plusieurs fois par semaine à la piscine, d’aligner des longueurs, de faire des séries, des chronos. Je suis donc toujours resté dans une pratique compétitive, pas simplement une pratique contemplative de la nage en eau libre.

Tu es donc resté un compétiteur dans l’âme. Quels sont tes plus grands souvenirs de nage en eau libre compétitif, ou non d’ailleurs ?

Alors pour le compétitif j’ai apprécié l’OpenSwim Harmonie Mutuelle à Paris. Nager entre Pantin et Paris, cela aura quand même été une expérience assez unique, parce que c’est un milieu très inhabituel pour moi. C’est un endroit où on ne pense pas spontanément y nager comme dans les grands espaces d’eau libre. Mais d’être dans ce milieu urbain, passer sous le périph ce fût quand même une expérience assez unique et assez incroyable dans son genre. Et donc ça m’a marqué. Sinon, évidemment, j’ai fait le Défi Monte Cristo, et cela reste aussi un excellent souvenir. Parce que quand même, c’est sympa de nager en mer, dans la Méditerranée, de voir le fond, de partir d’une île. Pour ce qui est de ma pratique compétitive, cela aura été des courses sympas.

Et puis pour la partie non compétitive, les endroits exotiques qui m’ont marqué sont forcément en décalage avec notre réalité quotidienne de compter les carreaux dans une piscine, ou de nager dans les lacs environnants. Nager dans les lagons polynésiens c’est quelque chose de magique avec la diversité de la faune. Et aussi comme les lagons sont très protégés par les barrières de coraux, cela te permet d’avoir une nage très agréable, très lisse, très glissée dans un environnement très calme tout en ayant sous les yeux des merveilles. J’ai aussi eu la chance de nager dans le fleuve Maroni et dans certaines rivières en Guyane. Là on ne voit pas le fond, parce que l’eau est plutôt trouble par nature, mais la faune environnante avec la canopée au-dessus c’est une véritable expérience. J’y ai même croisé un anaconda et cela te donne des petits chocs d’endorphine qui laisse des traces. Et même si ce n’est pas plaisant sur le coup, cela m’a laissé des souvenirs assez marquants vu la taille de l’animal !

Revenons-en à ton livre. Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire un livre dédié à la nage en eau libre ?

Je crois que comme beaucoup, on écrit les livres que l’on aurait eu envie de lire. J’ai une formation très scientifique, mathématique et physique, et je me suis toujours intéressé à la natation sous un angle scientifique. Je lis régulièrement des articles scientifiques qui paraissent sur le sujet parce que c’est un domaine qui est très complexe à modéliser. D’ailleurs ce n’est pas très connu, mais on n’arrive toujours pas à savoir pourquoi les nageurs arrivent à nager aussi vite.  Il y a des règles mathématiques qui font qu’au-delà d’une certaine vitesse on est censé planer sur l’eau. Et bien les nageurs arrivent à dépasser cette vitesse et à battre des records alors qu’ils sont confrontés aux limites théoriques. C’est parce qu’ils n’entrent pas dans les modèles parfaits. Les nageurs ne sont pas des bateaux. Ils peuvent se déformer, ils peuvent prendre des appuis que les bateaux n’ont pas. S’ils étaient des bateaux, il faudrait qu’ils déjaugent comme un hors-bord ou une planche à voile pour nager à la vitesse à laquelle ils nagent aujourd’hui. Et donc je me suis toujours intéressé à cet aspect scientifique, hydrodynamique de la natation.

Et puis dans la littérature disponible sur la natation, je n’ai pas trouvé beaucoup de livres qui soient dédiés à la natation en eau libre, ou alors en anglais mais ils sont peu diffusés. Il y a plein de livres qui vous expliquent comment il faut placer les bras, comment il faut prendre vos appuis, avoir le bon « catch », comment il faut rester horizontal, les différents types de battements de jambes, la brasse parfaite, et cetera. Dans nos librairies, on trouve principalement des livres de récit d’aventures avec comme sujet la natation en eau libre, mais rien sur comment l’on nage quand il y a du courant, des vagues. Comment il faut bien drafter. Qu’elles sont les techniques pour bien s’orienter dans une compétition ? Comment choisit-on sa combinaison ? Je n’ai donc rien trouvé de pertinent sur ces sujets et je me suis dit il y avait vraiment un trou dans la raquette. La nage en eau libre est en train de prendre de l’importance et a le vent en poupe, comme toutes les disciplines outdoor. Même de grands médias commence à s’intéresser à la discipline, comme Les Echos récemment. Je crois aussi qu’il y a de nombreux nageurs un peu fatigués de compter les carreaux avec l’envie de voir ce que l’on peut faire d’autre en s’appuyant sur ses acquis de nageur. L’idée de mon livre est donc de les orienter et les inciter à découvrir la discipline avec des conseils qui vont les aider à devenir des nageurs avertis et performants quel que soient les conditions rencontrées lors de leurs sorties en eau libre.

Le communiqué de presse.

Interview réalisé par Laurent NEUVILLE le 10 mars 2026