Julie Janczewski : Traverser la Manche à la nage ce n’est pas le défi le plus simple du monde !
Bonjour Julie, peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Julie Janczewski et j’ai 21 ans. Je suis arlésienne, étudiante en chimie et pompier volontaire. Je nage depuis l’âge de 5 ans et j’ai toujours pratiqué la natation. Tout d’abord j’ai pratiqué la natation synchronisée et à l’adolescence je me suis orientée vers la natation sportive, puis par la suite à la natation en l’eau libre. A l’âge de 18 ans, je me suis lancé le projet de traverser la Manche à la nage. J’ai fait une préparation pendant 3 ans. De base, cela ne devait durer que 2 ans, avec ma traversée programmée en septembre 2024. Sauf que le pilote m’a appelé avant mon départ pour l’Angleterre pour m’informer que cela ne serait pas possible en raison de l’annonce de mauvaises conditions météo dans les prochains jours. Il m’a proposé un créneau pour juin de cette année que j’ai accepté. Et en juin dernier je n’ai pas réussi. J’ai échoué à seulement 3 km de l’arrivée en raison d’un basculement de marée qui n’avait pas été bien calculé.
Revenons en détails sur ton défi. Décider à l’âge de 18 ans de traverser la Manche ce n’est pas commun. Comment t’es venue cette idée ?
Je ne sais pas vraiment comment cette idée m’est venue. Si ce n’est que j’ai toujours préféré l’endurance aux épreuves de vitesse, et que lorsque je pratiquais la natation sportive je nageais plutôt les épreuves de demi-fond. J’avais conscience que traverser la Manche à la nage était un gros défi. Mais il faut dire qu’avant de me lancer je m’étais un petit peu renseigné malgré tout, parce que ce n’est pas en effet le défi le plus simple du monde ! D’ailleurs beaucoup de gens voyait mon idée comme inaccessible pour moi, mais au contraire cela m’a donné encore plus envie de voir si c’était possible de réaliser le défi à mon âge.
Tu viens de me dire que tu avais déjà tenté la traversée en juin dernier. Quelles sont les raisons de cet échec ?
Oui c’est ça, à 3 km de l’arrivée j’ai dû arrêter après 8h45 d’effort. Je suis restée bloquée dans le fameux « cimetière des nageurs ». Je faisais du surplace et même je reculais. Le pilote a décidé de m’arrêter à ce moment-là.
Comment as-tu vécu ce moment d’arrêter si près du but ?
C’était vraiment la décision du pilote, mais pour être honnête, à ce moment-là, avec les conditions je n’aurais pas pu aller bien plus loin. Sans compter que je n’arrivais plus à prendre mes ravitaillements et que j’avais le mal de mer. Il y avait vraiment beaucoup d’éléments contraires qui faisaient qu’il valait mieux arrêter la traversée.
En règle générale, quand on a un « slot », il est difficile d’en avoir un deuxième dans la même année. Comment as-tu réussi à l’obtenir ?
Je voulais absolument en obtenir un nouveau le plus vite possible. J’ai contacté tous les pilotes qui existent et il y en a un qui m’a répondu en me disant qu’il avait un créneau disponible fin septembre. J’ai eu de la chance qu’il ait eu de la place et qu’il y avait une bonne météo aussi le jour de ma traversée le 30 septembre dernier.
N’ayant pas réussi une première fois, avais-tu des craintes de ne pas réussir la deuxième ?
Effectivement, j’étais beaucoup plus stressée. Cela avait été difficile d’accepter d’abandonner la première fois, mais je me disais que chaque traversée est différente. Et puis il fallait que je reparte sans penser à l’échec. Que je reparte avec le même état d’esprit que la première fois, et qu’on verrait bien ce qu’il se passerait. Au final j’ai vraiment mieux vécu la traversée du début à la fin. J’ai pris beaucoup de plaisir. Cela fait maintenant 2 semaines que je l’ai réussie et je n’arrive toujours pas à mettre des mots sur mes émotions. C’était juste incroyable !
Comment t’es-tu préparée ?
Je me suis préparé en alternant les entrainements en piscine et en mer. J’avais un coach qui me préparait tous les entraînements à distance, et cela fait trois ans que l’on travaille ensemble. La première année je nageais environ 20 km par semaine, puis il a augmenté le volume progressivement jusqu’à faire des semaines à 50 km. Mais c’était plus pour me rassurer que pour vraiment nager.
Avais-tu de bonnes conditions pour t’entraîner ? Parce que lorsque l’on s’entraîne seul ce n’est pas toujours évident, notamment quand tu dois nager dans le public.
C’est effectivement difficile, mais cet été j’ai été maître-nageur saisonnier et j’avais la piscine que pour moi avant l’ouverture au public. Sinon je demandais aux maîtres-nageur quand est-ce qu’il y avait le moins de public dans la journée pour m’entrainer. Et puis j’essayais toujours d’avoir un autre nageur avec moi lors des entrainements, notamment quand j’avais de longues distances à réaliser.
Maintenant que tu viens de réussir ton défi, as-tu d’autres projets en tête ?
Je souhaite faire le Tour de Manhattan et j’ai déjà contacté l’organisation. Mais l’on ne peut pas s’inscrire avant janvier prochain. S’il y a de la place ce sera l’année prochaine, sinon en 2027. Je le ne sais pas encore mais cela peut arriver vite.
Enfin j’ai vu que tu avais réalisé ta traversée au profit de l’œuvre des pupilles des sapeurs-pompiers, et comment l’as-tu financée ?
Je suis pompier volontaire et cette association me tiens particulièrement à cœur. Pour le financement je suis allée à la rencontre des entreprises locales et des petits commerçants. Nombreux sont ceux qui m’ont soutenus et permis de financer mon projet avec la ville d’Arles.
Pour finir, nous t’avons rencontré sur l’Open Swim de Agde l’année dernière. Comment as-tu découvert notre épreuve et qu’elle est l’intérêt que tu portes à l’événement ?
Oui, ça fait deux éditions auxquelles je participe. J’ai découvert votre événement sur les réseaux sociaux, ett comme ce n’était pas si loin de la maison j’ai décidé d’y aller faire un tour. J’ai participé au 5 km puis au 1 km. J’ai vraiment aimé l’ambiance, l’organisation et aussi le fait de passer de l’eau douce à l’eau salée. C’était la première fois que je faisais ça, et je crois que c’est la seule épreuve où il y a la possibilité de nager à la fois dans de l’eau douce puis l’eau salée dans la même course.
Interview réalisée par Laurent NEUVILLE le 14 octobre 2025


