Ryu KUBOTA : « j’ai le plaisir que les nageurs venant retirer leur bonnet de participation me reconnaissent »
Bonjour Ryu. Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Ryu KUBOTA. Ryu est le diminutif de mon prénom qui est un peu plus long. Je suis né au Japon en 1969 sur une petite île située à l’ouest du Japon. C’est une ile isolée et complètement rurale. Il y avait la mer en face de chez nous et c’était mon terrain de jeu. Cette île s’appelle Oshima. J’y ai vécu jusqu’à l’âge de 6 ans. Et quand j’ai eu 6 ans, nous avons dû déménager dans une ville plus grande parce qu’il n’y avait pas d’école. Jusqu’à cet âge mon terrain de jeu était la mer, où nous nagions, où l’on s’amusait, plongeait, ramassait des coquillages, des homards et tout ce qu’il nous tombait sous la main. C’était le bonheur.
Tu nageais avant l’âge de 6 ans. C’est jeune. Comment as-tu appris à nager ?
J’ai réellement appris à nager à partir du collège, mais ce sont les aînés sur l’île qui m’ont appris à être à l’aise dans l’eau et ne pas avoir peur.
Et donc, à l’âge de 6 ans tu as quitté ton île pour aller à l’école. As-tu continué à nager ensuite ?
Ensuite, je n’ai pas fait grand-chose, je n’ai pas nagé dans le cadre scolaire, puis j’ai commencé à nager à mon entrée au collège à l’âge de 10/11 ans. Et comme j’avais des aptitudes sur le demi-fond je nageais plutôt le 1500 mètres. Parallèlement, comme j’étais doué en endurance, je courais également. Le club d’athlétisme m’avait recruté en hiver, et l’été je nageais. Je viens de te dire qu’on a déménagé dans une grande ville, mais malgré tout, à l’époque, il n’y avait pas de piscine chauffée.
Tu t’entrainais dans un club de natation ?
Après le collège en effet. Mais c’était un entraînement un peu à la façon du XIXe siècle. L’entraîneur frappait les élèves !
Ah oui, carrément !
Carrément. On était vraiment en retard au Japon et j’en ai eu marre. Donc j’ai basculé au triathlon à partir de l’âge de 16 ans. Là, l’entraîneur de triathlon était gentil. Il ne me frappait jamais. Parallèlement je suis allé en lycée professionnel spécialisé dans les beaux-arts. j’y ai appris l’art et suis devenu fleuriste.
Comment devient-on fleuriste en passant par les beaux-arts ?
Nous apprenions les compositions florales. C’est un domaine où la créativité est nécessaire. C’est un peu spécifique, soi-disant. Et puis à l’époque il y avait le style allemand qui était très à la mode. Cela me plaisait. Et en 1991 j’ai déménagé en Allemagne pour approfondir mon expérience professionnelle. C’était plus confortable pour moi parce que les mentalités allemandes et japonaises se ressemblent beaucoup.
Puis tu es arrivé en France. Pourquoi avoir choisi la France ?
Je suis arrivé en France en 1992. Je suis resté seulement un an en Allemagne, mais je n’y ai rien appris. C’est-à-dire que le style allemand que j’avais appris au Japon était même supérieur à ce que l’on m’enseignait en Allemagne. J’étais déçu, j’ai dépensé de l’argent, eu une subvention de l’État et je n’ai rien appris. C’était un peu décevant. J’ai pensé chercher quelque chose de nouveau. J’ai voyagé en Europe et c’est la France qui m’a attiré.
Qu’est-ce qui t’a attiré plus particulièrement en France ?
C’est le style français. On appelle ça le « style Paris » maintenant, qui était particulier, très particulier à l’époque. Il s’est banalisé maintenant, mais à l’époque personne ne le connaissait. Plus précisément pour que tu comprennes, le style Paris c’est le bouquet rond, je pense que tu comprends ce qu’est le bouquet rond ?
En effet, et donc depuis 1992 tu résides en France ?
A l’origine mon projet était de rester en France jusqu’en 1994 et ensuite de rentrer au Japon, notamment en raison de ma limite financière. Et c’est là qu’une personne, un de mes clients, m’a vraiment influencé à rester. Il me disait tout le temps, pourquoi tu ne resterais pas en France ? Pourquoi tu n’ouvrirais pas une boutique en France ?
Et donc tu as ouvert une boutique en France, à Paris ?
Effectivement. C’est lui qui l’a provoqué. Il m’a dit que j’avais des qualités artistiques et que je pouvais développer mon business. Il a donc investi pour moi dans l’aménagement d’une boutique qui était situé dans le 7e arrondissement que j’ai fermée en 2009 pour basculer sur l’ouverture d’un atelier. C’est à dire que c’est fermé au public et que je travaille uniquement sur commande.
Revenons à la natation. As-tu continué à nager une fois arrivé en France ?
Alors oui, j’ai continué à nager, mais seulement pour le plaisir. Je n’ai plus fait de compétitions jusqu’en 2018, année où je me suis dit que pour me motiver il fallait que je fasse des compétitions. Mais je saute une étape. En 2015, j’ai eu un grave accident au bras gauche suite à une agression. Mon médecin d’alors m’a conseillé de nager pour ma rééducation. Et c’est là où j’ai retrouvé le plaisir de la compète !
En 2018 tu reprends la compétition. Comment cela s’est-il passé ?
J’ai commencé par des épreuves de nage en eau libre avec les Ours polaires, où j’y ai rencontré Rebecca Rofe qui participe régulièrement à vos événements OpenSwim Harmonie Mutuelle. C’est elle en 2019 qui m’a incité à m’inscrire à votre épreuve parisienne. J’ai trouvé que l’ambiance était super par rapport à d’autres épreuves auxquelles j’avais participé. Et dès l’année suivante je me suis également inscrit en tant que bénévole. Pour moi c’était légitime de m’engager en tant que bénévole. J’exerce un métier artisanal et le bénévolat est un truc présent dans notre ADN. Et puis je voyais que vous attiriez des jeunes, et comme j’aime transmettre, c’était naturel pour moi de m’engager à vos côtés.
Depuis 2019 tu participes chaque année à nos épreuves estivales, et nous t’avons retrouvé sur la première édition de la Coupe de Noël en tant que participant et bénévole. Comment as-tu vécu de l’intérieur notre initiative de relancer cette vieille épreuve parisienne ?
J’ai beaucoup aimé. Ce qui m’a surpris est qu’il y avait tous les niveaux et tous les âges. Je suis un nageur régulier en eau froide avec les Ourcq polaires et je pensais y retrouver plus de têtes connus. Mais pas du tout. Les nageurs étaient venus de partout avec et la plupart sans expérience. C’était vraiment sympa.
Si tu avais un conseil à nous donner pour améliorer la prochaine édition de la Coupe de Noël programmée cette année le 12 décembre. Quel serait-il ?
Globalement l’organisation était au niveau, mais peut-être qu’il y ait un animateur plus présent et un jury identifié pour décerner les prix des plus belles prestations, ou du plus beau costume, serait intéressant. Il pourrait y avoir une grille d’évaluation de 1 à 10 pour permettre ensuite un choix clair.
Et pour terminer, quels sont les épreuves OpenSwim Harmonie Mutuelle auxquelles tu vas participer cette année ?
Paris, toujours Paris. Et puis cet été, je rentre au Japon, et donc je ne serai pas à La Baule comme ces dernières années. Après il est probable que je sois à Agde le 20 juin. Mais comme je n’ai pas encore mon planning pour cette période, je m’inscrirais quand j’y verrai plus clair. Et puis je vais m’engager à nouveau en tant que bénévole, parce qu’il est important que l’on s’intéresse au bénévolat. Et d’ailleurs je milite pour que tout le monde soit bénévole. Et pour satisfaction plus personnelle, j’ai le plaisir que les nageurs venant retirer leur bonnet de participation me reconnaissent, et ça c’est vraiment très sympa !
Interview réalisée par Laurent NEUVILLE le 11 février 2026



